20 octobre 2006

Rando GR10 - Récit du 6° jour

« Campement au Col de Buztanzelhay – Camping de Saint-Étienne de Baïgorry»

La nuit a été dure, ce matin je ne me sens pas bien du tout…

En fait, le vent s’était calmé dans la journée du vendredi, mais reprendra en début de nuit et, accéléré par les 700m de dénivelé séparant cet endroit de la plaine, j’ai eu l’impression de dormir à 2m d’une autoroute traversée par des camions ! J’entendais les bourrasques arriver des profondeurs, et puis vlan ! Tente et arceaux pliés et triturés dans tous les sens… et bien sur, non pas à cause de la frousse mais plutôt du bruit, la nuit sera courte, très courte… Et donc en cette fin de semaine, je sens la fatigue sur tout mon corps comme jamais. Les douleurs musculaires sont vraiment dures à supporter, et je décide donc que l’étape d’aujourd’hui sera courte. Je sais qu’il y a un camping à St Etienne de Baïgorry et n’ai qu’une envie, descendre rapidement ce col et me reposer cet après-midi.

Ce qui sera fait, mais la descente ne sera pas inoubliable, une bonne partie réalisée sur le goudron – j’avais appris à regret que les routes amenant aux pâturages étaient de plus en plus goudronnées et le bouquin m’avait prévenu. Ensuite j’ai vraiment trop mal partout et la lourdeur du temps m’empêchera de vraiment profiter de la vue surplombante sur la ville, vue qui s’offre à moi depuis la veille.

Une fois arrivé en ville, je tombe sur une course d’endurance en montagne – 60kms appris-je plus tard ! Je suis assez impressionné par ce genre de compétition en général, mais ne me sens ce midi pas moins méritant ou exténué qu’on doit l’être après une telle course. J’arrive au camping vers 13h, plante la tente à nouveau, un petit repas et hop, grosse sieste… et ça fait du bien ! « Marcher » au 35h par semaine, c’est épuisant mine de rien! :P

Le reste de la journée se passera plutôt vite : toilette, linge, quelques courses et nous sommes déjà le soir ! Mes voisins sont plutôt bavards, dans le genre culture télé/pop pour grand public, on fait pas mieux. Mais le sommeil est là, très lourd, je ne me fais pas de soucis pour cette nuit. A demain !
JC, le samedi 23 septembre à 19h.

19 octobre 2006

Emilie Simon - Rose hybride de thé



Une petite vidéo en attendant la suite du récit. Chanson pas commune et des plus expérimentales, je tenais à vous la faire partager. Emilie Simon en concert, c'est comme un rêve, une expérience à tenter! Sincèrement! Vivement le prochain concert!!

11 octobre 2006

Rando GR10 - Récit du 5° jour

« Gîte de Bidarray – Campement au col de Buztanzelhay »

C’est parti pour la grosse grimpette !

Initialement, bien fatigué de la veille, j’étais parti sur l’idée de m’offrir un jour de repos à Bidarray. « Curieusement » ce matin, après une bonne grâce matinée au lit, un petit déjeuner copieux offert par la maison – seul dans le gîte étant complètement vide à 10h d’ailleurs, l’envie effrénée me pris d’aller continuer à explorer ces montagnes basques ! Quelle joie de partir motivé, de vouloir dévorer les montagnes ; l’esprit y fait beaucoup pour avancer. Et ce ne sera pas un mal, car l’étape d’aujourd’hui consiste à franchir une série de pics et de cols dont le pic d’Iparla pour commencer, situé à 1044m en partant de 150, pour un total de 1300m de dénivelé cumulé et au minimum 8h de marche théorique.

Dès le début, grosse montée aux couleurs chatoyantes. Ca grimpe tellement vite qu’en ¾ d’heure, je domine déjà tout le village de Bidarray – vraiment le village bien typique, entouré par un cirque de montagne, ainsi que tous les cols franchis la veille – bien content de ne pas avoir à les refaire ! Je me suis retrouvé à quatre pattes sur un versant, quand je me suis rendu compte que je m’étais trompé ! Je n’étais plus sur le GR10 et c’était bien la première fois depuis mon départ… Un coup de jumelles pour retrouver le sentier balisé et c’est reparti !

A 2/3 du chemin du pic d’Iparla, un petit problème m’oblige à m’arrêter, non pas une crampe ni une tendinite, mais je crois bien une déchirure musculaire… le muscle fatigué, peut-être. J’essaie de faire quelques étirements, 5mns de pause mais ça fait toujours aussi mal. Au bout du compte, j’aurai mal jusqu’au lendemain, mais accélérer le pas atténuera la douleur, curieusement…

Avant d’atteindre le pic, quelques rencontres sont venus égayer la journée. Un photographe amateur passionné par la beauté de la région, un couple d’anglais qui comprenaient le français comme moi je comprends l’arabe – d’ailleurs la dame anglaise avait l’air exténuée, et surtout désolée de prendre son temps et de bloquer le passage - étant donné la difficulté du sentier rocailleux, ce qui la faisait marrer ! Elle me demanda combien de temps il restait pour Baïdeuuurrrèèèyyyy – pardon, Bidarray, elle eut comme un rire d’hystérique désabusée quand elle apprit la réponse de ma bouche… C’était très drôle ! :P

Et puis il y eut la fameuse Bénédicte ! Cette jeune femme était venue pour s’entraîner en prévision d’un trek qu’elle va faire pour son voyage de noce : un trek au Népal ! Alors on a parlé au moins une demi-heure de tout, de son trek, son mari, mon aventure, les montagnes, le matériel de rando – elle bosse dans un magasin de sports à Tarnos, des gens, de la vie… vraiment une superbe rencontre ! C’est dingue comme il arrive souvent de tomber sur de telles personnes en montagne, simples et généreuses, passionnées et humbles. Je pense que la marche en montagne, ou la marche en général, fait vraiment du bien et est riche en enseignements ; ce n’est pas qu’un sport, combien de choses nous apprend-elle en nous ramenant à l’essentiel et à l’homme de prouesses et de limites que nous sommes. Je passerai lui faire un petit coucou à son magasin à l’occasion, comme elle me l’a proposé gentiment. Il me tarde de découvrir le récit de son trek !

Et s’ouvre devant moi le pic d’Iparla ! Et quelle vue ! 360° de panorama, je remercie le beau temps de me permettre de contempler tout le Pays Basque, de l’océan jusqu’au pic d’Anie à l’horizon ! Ce pic est d’autant plus impressionnant qu’on y grimpe comme pour un col, alors qu’il dégringole à 90° sur l’autre moitié, comme coupé net en deux, d’où un vide saisissant de plusieurs centaines de mètres !

Je continue ma journée, qui va être assez éreintante mais je me sens de bonne humeur, dans une paix totale. Un petit pique-nique tardif aux abords d’une curieuse forêt (après des heures de col et de pics raz ça fait du bien !) avant de réattaquer la suite des pics, des moutons angoras tellement laineux que ça leur fait une drôle de silhouette – d’ailleurs notons la touche d’humour des bergers qui leur ont coloré le derrière en bleu… Un pottok se grattera le dos à mon arrivée, quelques chansonnettes à chanter ou siffloter me viendront à l’esprit … Vraiment une ambiance détendue et on va dire, des émotions colorées !

J’arrive au col de Buztanzelhay au bout de 6h de grimpette, à 2h15 de St Etienne de Baïgorry. 5mns plus tard, j’aperçois un petit replat avec source, une vue surprenante sur la vallée et encore une fois, un énorme gardien végétal, seul, au milieu des fougères. Je commence à en avoir un peu marre, la nuit tombe et je pense que le coin quoiqu’un peu aérien, sera bien agréable. Et je me sens si privilégié en ce moment même que l’installation se fera dans la bonne humeur, et je suis également ravi de retrouver un coin sauvage pour passer la nuit – Y’a plus sauvage que les campings ou les gîtes :P Le vent a l’air de s’être calmé, la soirée s’annonce bien, on verra ce que donnera la prochaine nuit ! A samedi !

JC le vendredi 22 septembre à 22h.

Images et commentaires.

Vidéos 1 2 3

09 octobre 2006

Rando GR10 - Récit du 4° jour

« Camping d’Ainhoa – Gîte de Bidarray »

Quelle journée !

Le temps de plier la tente, ranger mon sac (mais quel bordel ce sac !), de faire sa toilette et surtout de finaliser un tout nouveau bandage+pansements made in JC (le JC espérant que cela tienne le plus longtemps possible), et c’est parti !


Je remonte dans les ruelles d’Ainhoa et quitte rapidement la ville. Je sens que mon pied ne va pas mieux mais le bandage fait des miracles, et j’arrive ce matin à retrouver un rythme plus habituel de marche soutenue. Je grimpe donc au col des Trois Croix, le chemin étant parsemé de croix, d’une chapelle ouverte et même d’une jolie chapelle protégée par un chêne ancestral, et dominant toute la vallée d’Ainhoa. Ce panorama me permet d’ailleurs de me remémorer toute la route parcourue lors des trois premiers jours. Ca n’a pas été facile, mais la région est vraiment belle. Le Pays Basque est tellement bien situé qu’il y pleut abondamment et même en cet automne, tout est pratiquement vert et fleuri (ce qui va m’attendre dans la suite de la journée en sera le contre-exemple par contre :p). Je revois la Rhune au loin, longée 2 jours plus tôt. Ca fait un bout de chemin mine de rien. Je me demande jusqu’où j’irai aujourd’hui, Bidarray est à 7h théorique de marche et 1000m de dénivelé, on verra bien. J’en profite pour faire quelques ultimes photos et même vidéos explicatives.

Je continue, franchit col sur col, une fois de plus en marchant sur la frontière, France à gauche, Espagne à droite. Je vous dirai, pour le savoir, ben ça ne se voit pas du tout ! :p Et quel vent ! Je me suis fait surprendre à plusieurs reprises, ça commence par le chapeau et ensuite on se retrouve 2 ou 3 fois bousculé violemment ! J’ai parfois du m’écarter du bord et bien me retenir avec les bâtons pour garder l'équilibre. En dehors des plages bretonnes, jamais je n'avais subi un tel vent… Il parait que ça vient de la côte. Je dois avouer que l’idée de planter la tente dans le coin ne me réjouis pas du tout. Déjà pas trop rassuré, je n’ai pas trouvé d’eau non plus, je sais que j’aurai des cols toute la journée et que la descente qui sera normalement raide, ne risque pas de comporter de coin favorable à un campement… La suite de la journée me donnera raison.

6h après le départ, je prends mon courage à deux mains, et redescend toute l’altitude grimpée pour Bidarray. Quelle aventure ! Quel vide ! Je me retrouve en train de descendre au bord d’un ravin impressionnant, j’y suis allé plutôt mollo, mes jambes commencent à flancher et le poids du sac modifie mon centre de gravité. Qui a dit que le Pays Basque ça ne grimpait pas, sérieux ! Non seulement les montées sont sacrément raides, mais le relief est aussi impressionnant ! Un peu plus loin, dans le roc, une grotte m’a intriguée et j’apprendrai plus tard qu’elle se nomme la grotte du « Saint Qui Sue », où des guérisons miracles se seraient produites. Je termine par 2,5kms de route interminable, en longeant la Nivelle. Je retrouve la forêt, le coin est magnifique, c’est certain, mais là c’est long, c’est très long. L’envie de faire du stop me prend, mais en 45mns de marche, je ne rencontrerai pas une seule voiture !! Puis je découvre la bonne surprise d’une montée pas commune à travers la forêt, soi disant raccourci pour Bidarray. Allez, un dernier effort, pour au final trouver je ne sais quoi… En effet, je ne sais pas encore où ni comment je vais dormir. J’espère vraiment du fond du cœur que je trouverai facilement. J’accoste un paysan qui me dit que le camping est loin, très loin, à l’autre bout du village et en plus, excentré par rapport au GR10 : Arrrgg !! Mais il me dit aussi qu’il y a des gîtes, à quelques centaines de mètres.

Fort sympathique, il m’a remis en confiance, un gîte, pourquoi pas, je n’y ai jamais mis les pieds et je n’ai vraiment pas envie de me refaire 2 ou 3 Kms de goudron ! J’arrive, le patron était dehors, il a de la place et c’est 13€ (à peine plus cher qu’un camping !!) pour un bon lit au chaud et donc pas de tente à défaire ! Que demande le peuple ! 5mns plus tard, j’apprends que la providence était de mon coté, car il se mettra à pleuvoir toute la soirée. Décidément, le sort fait bien les choses depuis mon départ, je me suis toujours sorti sans grand mal des moments pas évidents à gérer.

Bien calmé mais fier de l’étape réalisée, la journée n’était pas finie ! Rencontre avec 2 compagnons de chambrée, la cinquantaine, qui faisaient aussi le GR10, demain sera leur dernier jour. J’avais fini par croire (c’est marrant, je me répète) que j’étais tout seul ! En fait on se suivait depuis quelques jours, et il me semble les avoir aperçu en faisant ma sieste la veille, ils étaient derrière moi. On a discuté un peu, ils m’ont offert un saucisson au foie dont ils voulaient absolument se débarrasser (mise au régime une fois la rando terminée ??). L’un me débat, sans avoir vu mon sac, que 10Kgs c’est le max pour un sac, sinon c’est trop lourd ! Hum oui d’accord…

Après une bonne douche et le linge propre, je file faire ma popote quand je me retrouve au milieu d’une cohue d’une vingtaine de jeunes. Je parle avec leur chauffeur, j’apprends qu’il est le chauffeur attitré d’une école agricole de Normandie. En fait ils sont tous là pour découvrir comment travaillent les agriculteurs du coin, ce qui apparemment leur est très bénéfique car les paysans basques ont une façon bien à eux de voir l’agriculture. En effet ils travaillent beaucoup sur de petites exploitations (10 à 30 hectares), s'entraident le plus possible entre eux, et sont à fond sur le tourisme et donc les AOC. Ce qui à l’heure de l’agriculture industrielle avec des exploitations de 300 hectares en Normandie par exemple, est plutôt incroyable et représente une source d’inspiration de ce que devrait être l’économie, durable et partagée. Et ce qui est génial c’est que ce chauffeur (d’origine parisienne !) est aussi passionné que ses élèves, ce n’est pas la première expérience du genre qu’ils ont, et partager ça avec lui est un vrai plaisir. Je continue ma popote et voilà qu’une demoiselle du groupe vient me demander si je voulais manger avec eux ! Et pourquoi pas me dis-je ! Je me suis donc retrouvé avec tout ce monde, le chauffeur en face, et ça a été une soirée géniale ! On a bien ri, j’ai appris beaucoup de choses, partagé mon aventure, et le tout jusqu’à 23h ! C’est pour de tels moments géniaux et inattendus que je suis vraiment ravi de faire cette aventure, surtout après une telle journée, où j’aurai réalisé ma plus grosse marche de la semaine. Il a fallu suer sang et eau - et il faudra continuer encore et encore, mais le bonheur d’être là mûri de jour en jour !

Fatigué mais heureux, je rejoins mes compagnons de chambrée, qui étaient allés au resto ce soir – dire que j’ai failli les suivre ! Ils dormaient depuis belle lurette, je ne fais pas de bruit et douce nuit, plus que jamais me voilà ! Une journée loin d’être perdue dans cette courte, mystérieuse et insensée vie qu’est la notre.

JC, le jeudi 21 septembre.

Images et commentaires.

Vidéos 1 2 3

05 octobre 2006

Rando GR10 - Récit du 3° jour

« Camping de Sare – Camping d’Ainhoa»

« Bien entendu, chacun doit interpréter ces temps en fonction de son chargement. » La prochaine fois, je m’y reprendrai à 2 fois en lisant cette phrase du bouquin du GR10. Petite désillusion pour moi qui pensais avoir une certaine forme, j’ai compris que je n’étais pas un surhomme ! D’après des études scientifiques, il est conseillé qu’un homme porte 17kgs au maximum. J’en suis toujours à 24 ou 25, et je crois que j’ai peut-être surestimé ma condition physique, mon matériel aussi, et surtout la façon même de penser l’autonomie complète (je me rappelle un gars du site ultraleger.com qui part avec tout le nécessaire vital avec 5 ou 6kgs, hors bouffe et eau). Bref j’ai peut-être 10 ans d’avance en fait. Mais en même temps, je commence enfin à vraiment profiter de mon excursion et il est clair que je ne regrette pas d’être parti, c’est mon choix, j’ai commencé enfin à comprendre certaines choses à la fin de l’étape, même si curieusement j’aurai trouvé ce 3° jour aussi éprouvant que l’étape fut la plus courte depuis mon départ. Je me revois avançant ce matin à 2 à l’heure, traînant des pattes, ne sachant pas trop pourquoi j’avançais…

Ce qu’on peut être bête et méchant à suivre des horaires, à se comparer aux temps des autres. Le problème est que si je continue comme j’ai fais hier, non seulement je ne tiendrai pas 2 jours de plus, mais surtout je ne profiterai de rien… et le GR10 deviendra mon GR maudit, ce qui n’est absolument pas mon intention.

D’ailleurs, j’écris ces quelques mots alors qu’il fait encore jour, une première pour moi depuis mon départ ! J’ai trouvé un camping à Ainhoa, un camping qui aurait du être fermé, coup de chance le propriétaire y fait des travaux ! A coté de moi, un allemand de la cinquantaine qui fait aussi le GR10 tout seul depuis Luchon, dans l’autre sens et ce depuis plus de 3 semaines ! Chapeau ! Je suis content d’avoir échangé quelques mots d’anglais avec lui, je commençais à me demander si j’étais le dernier randonneur dans le coin. Je regrette par contre de ne pas avoir essayer de sympathiser un peu plus, j’étais vraiment trop fatigué et mon seul désir ce soir était de me poser et de me reposer, de prendre le temps de m’imprégner de cette fin d’après-midi. Je suis bien content de parler d’autre chose que de poids et de pieds, je sens que les rencontres commencent à se faire, car le reste commence sérieusement à me saouler, je me sens littéralement obnubiler par ça, la souffrance occupe trop mon esprit. J’espère que ce soir tranquille permettra une petite amélioration de mon état.

Et que raconter de mes 4h30 de traversée, de Sare à Ainhoa ? Et bien ça n’a pas beaucoup monté, tracé de GR10 oblige, à cause de la frontière. En effet, à cet endroit, ça fait comme une enclave espagnole, ce qui fait que les montagnes d’ici sont toutes espagnoles… et le GR10 se voulant français (contrairement au HRP par exp.), il ne traverse à cet endroit précis que de vagues plaines et petites collines. Mais au final, elles permettent de découvrir ces villages basques, composés d’une blancheur et de couleurs éclatantes. En traversant tous ces villages, toutes ces maisons vraiment typiques, toutes ces ventas espagnoles – apparemment on y vient soi-disant pour faire de bonnes affaires, il régnait une ambiance assez bucolique, à travers de petits chemins et grandes prairies aux formes arrondies. J’ai rencontré quelques villageois sympas dont une charmante dame enthousiaste, qui a rappelé son chien qui ne voulait plus me lâcher – j’ai presque regretté son acte, un peu de compagnie ne m’aurait pas déplu ! Ce chien était adorable, il m’a rappelé Thibault de mon village, le chien le plus serein et le plus libre du monde, qui adore tout le monde et te regarde avec des yeux tendres de chien battu ! (En écrivant, je lève les yeux et aperçoit le col des trois Croix qui m’attend demain, il est d’un ton rougeâtre en ce début de soirée).

Quel temps depuis que je suis parti, pourvu que ça dure ! D’ailleurs, le meilleur souvenir de ma journée fut la mémorable sieste sous un chêne, que je me suis offert le long d’une rivière, après le repas de midi. Mon dieu que j’étais bien à regarder son feuillage, vibrant dans le vent, l’esprit complètement apaisé… Là, je me suis vraiment senti bien, et totalement en vacances ! Bonne nuit, à demain !

JC, le mercredi 20 septembre à 20h.

Images et commentaires.

03 octobre 2006

Rando GR10 - Récit du 2° jour

« Campement sur la route de « La redoute des émigrés – Camping de Sare »

Mon dieu, quelle journée… ! Comme toujours, j’attends que ma purée poireau/pomme de terre refroidisse (1l de soupe SVP ! je ressens le besoin de me réhydrater). Je suis à chaque fois victime de mon mini réchaud, il y aura au moins une chose que je ne regretterai pas de porter !!...

Bref, je me demande comment j’ai atterri là. J’ai la même sensation que l’épuisement de l’épopée des lacs du Capcir (ma première grande randonnée de 4j). Le poids du sac m’a entretenu de sacrées ampoules, à tel point que je ne peux pas marcher sans boiter une fois déchaussé. L’envie de donner ou jeter la moitié de ma bouffe, histoire de gagner un petit kilo, me traverse l’esprit…

Comment s’est déroulée cette fameuse journée ? Et bien plutôt en dents de scie. Le départ dans la bonne humeur m’a amené jusqu’à Ohlette en 1h30 environ, à travers la sublime forêt d’Urugne. Amateurs de chênes, de mousse fraîche, de lumière féerique… Bienvenue dans la forêt de Brocéliande des Pyrénées ! Il est clair que je suis plutôt satisfait de découvrir cette forêt de si bon matin, j’aurai loupé toute cette ambiance si j’avais continué hier soir.

...Mais il fait soif ! Le JC n’a plus d’eau, le rêve d’une boisson bien fraîche le hante, et c’est alors qu’une mamie d’un gîte d’Ohlette me propose de boire l’eau de ses légumes, dans son jardin. Aussitôt proposé, aussitôt partie… Un peu de gentillesse n’aurait pas été de trop, et si l’eau avait été claire, ça aurait été encore mieux !! (Ça fait bizarre les grumeaux de boue qui craque sous la dent…) Avant même de m’en rendre compte, j’avais déjà bu à plus soif, et à force de ne pas trop tirer brusquement sur le robinet, j’ai obtenu une eau pas trop pourpre, un cacheton purifiant goût javel et hummmmm que c’est agréable ! Mais l’idée de ne pas tomber de déshydratation me cajole tout de même.

Et c’est là que j'attaque la montée vers le col des 3 fontaines, l’horreur de la journée. J’avoue que j’ai eu un peu de mal à contempler le paysage, les 400m de dénivelés m’ont semblé interminables avec ce foutu poids, j’ai l’impression que la pesanteur a doublé…En temps normal, 400m me font plutôt rigoler, mais là… Je tiens à remercier particulièrement mes pieds ce soir, ajouté à mon poids ils doivent supporter une charge d’au moins 110kgs, donc merci mes pieds ! :p

Quelques rencontres forts sympathiques, des retraités curieux et intéressés par mon expédition, m’ont redonné un bon coup de fouet pour atteindre enfin le col des 3 fontaines. Et je me retrouve aux pieds de la Rhune, quelle vision ! Je me retourne, toute la Côte Basque au loin encore une fois, un peu plus sur les Landes, mais avec un ciel si dégagé qu’avec des jumelles on se serait cru à la plage ! Etant bien fatigué, je pris une longue pause avec pratiquement pas d’appétit – C’est dingue comme la faim disparaît quand on est fatigué, il me semble que mon estomac ait rétréci… Mais il faut se forcer, sinon je n’irai pas plus loin aujourd’hui. J’ai hésité longuement à rester sur ce col, il y avait une jolie cabane restaurée pour et par des randonneurs, mais le manque d’eau m’a engagé à reprendre la route, lors d’un sursis d’énergie.

C’est parti pour le village de Sare. J’ai suivi un petit moment le train de la Rhune avant de redescendre à travers de hautes prairies. La descente m’a paru bien difficile, beaucoup de cailloux, ce n’est pas très agréable, même il faut bien s’y faire, on est en montagne après tout ! Au final, je me retrouve dans ce fameux village, au bout de 5h de marche, sur le goudron (argg). Je monte dans le centre, me prend un Perrier bien frais (moment de pur bonheur !!!), tout en demandant quelques renseignements sur les campings du village (le gars était fort sympathique, limite condescendant …). Je continue d’avancer dans Sare, ne trouve pas le camping 2kms plus tard, il est 19h, et j’avoue que je commence à en avoir marre ! Dans 2h il fera nuit et j’aimerai bien m’installer tranquillement ce soir. Une mamie m’indiquera finalement le chemin, il va falloir faire demi-tour, un gros km et…

Oh joie ! Oh Miséricorde ! Le bonheur suprême ! Les plaisirs simples… Je vais pouvoir me prendre une douche, faire mon linge tout crado, et boire de l’eau à gogo ! J’ai à coté de moi quelques jeunes espagnols un peu bruyants, au loin j’entends des chants de famille, comme on en fait si bien en Vendée… Et toutes ces choses qui d’habitude me sortent rapidement par les trous du nez, m’amusent ce soir, et me redonne un peu de chaleur. Une chose que j’aurai comprise : On a beau être indépendant, même très indépendant comme je le suis, l’homme n’est tout de même pas fait pour vivre seul, sans les autres. J’aimerais juste faire passer un petit mal de tête qui ne me quitte pas, peut-être est-ce du à une mauvaise circulation au niveau du cou du au poids du sac… On verra demain si la nuit aura fait son effet !

Je pense à vous tous, Maman, ma famille, mes si chers amis, qui m’avez encouragés depuis le départ comme jamais je n’aurai imaginé, j’ai beaucoup de chance. Merci aussi pour certains petits sms qui donnent du courage, les intéressés se reconnaîtront ! ;) Demain sera un autre jour !

JC, le mardi 19 septembre à 23h.

Images et commentaires.

02 octobre 2006

Rando GR10 - Récit du 1° jour

Hendaye – Campement sur la route de « La redoute des émigrés »

C’est au coin du feu que je commence ce soir, le récit de mon aventure. Je viens de m'occuper non sans galère de quelques préparatifs indispensables à une bonne soirée et nuit en pleine nature, toilette/allumage du feu/cuisine/plantage de la tente. L’inspiration semblant être au rendez-vous, je me mets naturellement à écrire alors que mon riz complet refroidit… et j’avoue, il fait nuit, le coin est superbe, j’ai le phare de Biarritz au loin… Mais j’ai faim ! Simplement, je ne me ferai pas brûler la langue 2 fois !

Trêve de bavardages, me voici enfin parti… et ça n’a pas été facile aujourd’hui. Assez exténué pour un premier jour, je me sens mieux que dans les premières heures de la journée qui furent un véritable calvaire. Les rues goudronnées de Hendaye et ses alentours, quoique typique à la région et non dénuées de charme, ont été très dures à mes pieds, et pourtant je sais que ce n’est que le début…

Mais, enfin ! Depuis le temps que j’en parlais ! Pourtant, un manque d’ardeur m’a empêché d’avancer toute la journée. Ajouté au fait que j’ai eu de la difficulté à réaliser que j’étais parti pour de bon, laissant mes proches loin derrière pour un petit moment. Même s’ils sont présents dans ma tête et dans mon cœur, surmonter ce lot d’émotions et la crainte de ne pas arriver au bout à cause de la souffrance physique – trop précoce à mon goût, me sembla lors de longues pensées dépressives bien irréalisable… Il faut dire qu’aujourd’hui, sur cette route d’Hendaye et de la Rhune, mon cœur est très très lourd, car gonflé de merveilleux souvenirs qui me pèsent en ce jour.

Une autre explication, beaucoup plus terre à terre, ce satané sac, 26kgs, beaucoup trop lourd… Mais comment ai-je pu me retrouver avec un sac si lourd alors que ça fait quelques jours que je me prépare au mieux ?… J’ai pas du tout capter ! Avancer seul sans l’émulation de mes petits camarades de randonnée, y fait beaucoup également, jamais je n’aurai pensé à ce point que leur présence me faisait tant avancer ! Pas facile donc durant ces premières heures, il est clair que je me souviendrai de cette détresse, pourtant loin d’être largué à l’autre bout du monde sans eau ni vivre. Je commence à comprendre que ce voyage aura du sens, beaucoup de sens, que ce sera vraiment un voyage intérieur. Et à l'idée de comprendre beaucoup de choses dans les prochains jours, d'en évacuer aussi, je commence à me réjouir.

Une fois bien retiré en nature, au bout de 2/3 heures, hors de la pollution sonore de la frontière franco-espagnole, la beauté des lieux m’a ramené à la raison. Une rencontre avec un cueilleur de champignons, ancien randonneur du GR10 (en intégral svp !), m’a redonné un certain enthousiasme, car il faut dire que je n’avais pas rencontré âme qui vive jusqu’à maintenant ; nous sommes bien sur la 2° moitié du mois de septembre, cela se voit, je pressens que les montagnes vont être vidées de tout âme qui vive !

Quelques bonnes surprises ont égayé le parcours, comme un faisan qui, quand il m’a vu, a détalé tel un lièvre, il aurait fallu voir ça, la scène était mordante! Avec quelques beaux rapaces dont de nombreux vautours – j’avais lu qu’ils étaient nombreux dans les Pyrénées en particulier dans le Pays Basque, les lézards m’ont tenu compagnie et même des salamandres – c’est la première fois que j’en voyais ! N’oublions pas les fameux Pottoka (pluriel de Pottok en basque), race ancestrale de chevaux qui ont frolé la disparition il y a quelques décennies, aujourd’hui un peu partout disséminés dans les montagnes, en semi-liberté. Ces chevaux ont quelque chose de très attachant et semblent sereins au milieu des collines verdoyantes de fougères. La nature, la flore, après 1 semaine de pluie sur le sud-ouest, est superbe, en ce temps pourtant nuageux et lourd, qui confère même une ambiance brumeuse et mystérieuse au Pays Basque, en fait tel que je l'avais imaginé. Certains chemins, malgré ce début d’automne, ont quelque chose du printemps, et sont particulièrement fleuris, des cocktails de bruyères de toute couleur, mélangées aux genêts d’hiver déjà pétillants de fleurs, de la mousse bien fraîche, quelques petites fleurs de pré mystérieuses…

Alors, bilan de la journée : j’avais prévu de faire la première étape de 6h30 (théorique), j’aurai quand même marché 6 bonnes heures, mais je suis quand même à 1h/1h30 de la fin de l’étape. J’essaie de me dire que ce n’est pas une course, ce poids n’y est pas pour rien et puis ce petit coin merveilleux m’a vraiment séduit, et sera – j'en suis sur, ressourçant. J’ai le son agréable de l’eau qui coule derrière moi, un vieux chêne majestueux qui me protège – d’ailleurs, il a du en voir passer des espagnols, fuyant la dictature de Franco au milieu du siècle, cet arbre étant non loin de la frontière, d’où mon explication supposée du nom du chemin le longeant: « La redoute des émigrés ». J’ai pris une petite photo de cet arbre superbe, qui j’espère lui rendra honneur. Mon regard porte alors sur la Côte Basque, de Hendaye jusqu’au phare clignotant de Biarritz. D’ailleurs, autant le coucher de soleil était resplendissant sur les montagnes alentour, autant regarder de nuit toute la côte, de cet endroit, avec ce ressenti étrange du départ, c’est un souvenir qui restera gravé comme une émotion complexe, que je n’arrive pas à définir maintenant… Au dessus de ma tête, un magnifique ciel étoilé. A ma droite, la Rhune et ses antennes éclairées dans la nuit… on se rend bien compte d’ici que c’est vraiment de très loin le sommet le plus haut des alentours, et observer la Rhune ce soir m’impressionne autant que d’observer le Pic du Midi de Bigorre et ses constructions plutôt aériennes !

Et bien sur ce, je m’en vais digérer mon plat de riz massif, que je viens de terminer entre temps, le feu s’éteint lentement pour une énième fois (tout est mouillé ici…). Je vais donc continuer à profiter un peu de cette belle nuit, le sommeil ne devrait pas être pour long ! Pourtant seul, je me sens bien ici, le tout étant de ne pas se laisser aller à des idées morbides... C'est facile quand on est seul dans le noir, un peu au milieu de nulle part! Bonne nuit, à demain !

JC, le lundi 18 septembre à 23h.